Zone de libre-échange continentale africaine : Entre mirage et miracle

Zone de libre-échange continentale africaine :  Entre mirage et miracle

Abdul Wahab ADO

Etablir les passerelles entre les éco­nomies africaines. C’est l’objectif de la Zone de libre-échange conti­nentale africaine (Zlecaf) qui est entrée en vigueur. C’était lors d’une grande cérémonie baptismale en marge d’un sommet de l’Union afri­caine. On était à Kigali (Rwanda), le 21 mars 2018 devant un aéropage

de 44 Etats africains signataires. Ce jour-là, on a eu une cohorte d’inter­venants ‘’hystériques et maquillés’’ en dépit de tout le bon sens de leurs discours dithyrambiques. Mais beau­coup de choses restent à faire pour la liberté des échanges commerciaux en Afrique. Le temps où la Zlecaf doit avoir grâce est-il là où encore loin ?

Paul Kagamé, président du Rwanda, architecte de la Zlecaf

Les Décideurs N°001 – Avril 2020

CHALLENGES

   Cn réer un marché unique pour les marchandises et les services. Faciliter la circulation des per­sonnes afin d’approfondir l’in­tégration économique du continent afri­cain. Ce sont entre autres les objectifs de la Zone de libre-échange continen­tale africaine (Zlecaf) entrée en vigueur.

En effet, pour booster les économies africaines très peu arrimées entre elles, il fallait cet espace communautaire de libre-échange. Ce dernier vient s’inscrire dans la vision panafricaine d’une «Afrique intégrée, prospère et pacifique » comme le stipule l’Agenda 2063.

Dans la déclinaison des ambitions de la Zlecaf qui tient compte des grands ob­jectifs de cet agenda, il faut d’abord avoir un marché libéralisé pour les mar­chandises et autres services. Mais avant, des cycles successifs de négociations sont impératifs. Aussi, faut-il contribuer à la circulation des capitaux et des per­sonnes et faciliter les investissements en s’appuyant sur les initiatives d’inves­tissement dans les États-parties. Il s’agit également de poser les bases de la créa­tion d’une union douanière continentale

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à un stade ultérieur. En outre, il est ques­tion de promouvoir et de réaliser le dé­veloppement socio-économique inclusif et durable, l’égalité de genres et la trans­formation structurelle des États parties.

Il faut entre autres renforcer la compéti­tivité des économies des États-parties aux niveaux continental et mondial. La Zlecaf doit aussi promouvoir le dévelop­pement industriel à travers la diversifi­cation et le développement des chaînes de valeurs régionales, le développement de l’agriculture et la sécurité alimen­taire. Enfin, il faut résoudre les défis de l’ap­partenance à une multitude d’organisa­tions qui se chevauchent, et accélérer les processus d’intégration régionale et continentale. Ce sont là, les objectifs vi­sés pour la mise en place de la zone de libre-échange continen­tale africaine.

La concrétisation de ce projet permettra d’éliminer progressive­ment les barrières tari­faires et non-tarifaires au commerce des marchan­dises. Puis, libéraliser progressivement le com­merce des services et coopérer en matière d’investissement, de droits de propriété intellectuelle et de politique de concurrence. Le projet vise également à coopé­rer dans tous les domaines liés au com­merce et la coopération dans le domaine douanier et dans la mise en oeuvre des mesures de facilitation des échanges. Sans oublier l’établissement d’un méca­nisme de règlement des différends.

Les bonnes intentions. Et après ?

Peut-on vraiment atteindre ces défis après l’entrée en vigueur de la Zlecaf ? C’est ce que se demandent plusieurs analystes, économistes, financiers et hommes d’affaires du continent afri­cains.

Comme le projet vient d’être lancé, « … le reste viendra », ne doit plus être la ligne de conduite. Pour gagner ce pari, la Zlecaf doit créer une zone de libre-échange au sein de laquelle, les pays s’entendent pour abaisser les barrières commerciales exis­tantes. Il s’agira d’aller à terme vers une enti­té continentale à l’ins­tar de l’Union euro­péenne. Ce qui passe par une union écono­mique dotée d’une monnaie commune,

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Enfin, il faut résoudre les défis de l’apparte­nance à une multitude d’organisations qui se che­vauchent, et accélérer les processus d’intégration ré­gionale et continentale. Ce sont là, les objectifs vi­sés pour la mise en place de la zone de libre-échange continentale africaine.

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c’est-à-dire vers une zone effective de libre-échange. Mais que faire pour que la Zlecaf ne demeure pas dans des pers­pectives chimériques ?

Pour être une union effective, cette zone doit être doublée d’un mar­ché commun caractérisé par la libre cir­culation des investissements et des tra­vailleurs. Elle doit mettre en oeuvre les mécanismes d’une industrialisation de l’Afrique et faciliter le commerce in­tra-africain qui pourrait rapporter à l’Afrique selon les estimations des insti­tutions de Bretton Woods, 16,1 milliards dollars US de revenus supplémentaires. C’est seulement à ce prix que les afri­cains resteront conformes à la vision du père du panafricanisme, le Ghanéen Kwame Nkrumah.

Il faut donc parer au plus pressé, car si rien n’est fait dans ce sens, il faut craindre l’invasion des produits des partenaires non-africains à travers leurs multinatio­nales déjà présentes en Afrique. C’est seulement à ce prix que l’Afrique pour­rait éviter ce que les Nigérians ont qua­lifié d’: « Economie radioactive» parlant des effets combinés du secteur informel et de l’invasion des produits des multi­nationales occidentales.

La Zlecaf, dans la matérialité

La Zone de libre-échange continentale africaine doit regrouper la région tripar­tite de libre-échange et doit inclure d’une part, le Marché commun de l’Afrique orientale et australe (Comesa), la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE)

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et la Communauté de d é v e l o p p e m e n t d’Afrique australe (SADC). La seconde ré­gion rassemblera la Communauté écono­mique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), la Commu­nauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), l’Union du Maghreb arabe et la Communau­té des États sahélo-sahariens. L’objectif est d’intégrer l’ensemble des 55 écono­mies de l’Union africaine au sein de la zone de libre-échange.

Pour rappel, le projet de zone de libre-échange continentale a été pris en compte en janvier 2012, lors de la 18ème session ordinaire de la Conférence de l’Union africaine. Le dé­lai fixé pour créer cette zone de libre-échange est l’année 2017. Mais ce n’est que le 21 mars 2018, que l’accord a été signé avec 44 pays. Quelques autres pays qui ont des réserves n’ont rejoint le projet qu’en juillet 2019 lors du sommet de Niamey. Il s’agit du Nigéria, du Bu­rundi, de l’Érythrée, de la Namibie, du Bénin et de la Sierra Leone.

Le défi qui reste à relever est la mise en place du secrétariat dont le siège est prévu pour être à Accra au Ghana en signe de reconnaissance pour les efforts consentis par le père du panafricanisme, le Ghanéen Kwame Nkrumah. n

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Le délai fixé pour créer cette zone de libre-échange est l’an­née 2017. Mais ce n’est que le 21 mars 2018, que l’ac­cord a été signé avec 44 pays. Quelques autres pays qui ont des réserves n’ont rejoint le projet qu’en juil­let 2019 lors du sommet de Niamey.

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Loge officielle lors du sommet de la Zlecaf à Kigali (Rwanda)

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Entretien avec Codjovi Dieudonné Assouvi

« Il faut des industries de transformation pour tirer profit de la Zlecaf »

Les réformes sont en cours pour la mise en oeuvre effective de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf). Dans cet entretien, Codjovi Dieudonné As­souvi, manager en chef de la Zlecaf pour le Bénin parle des défis à relever pour que les pays africains puissent tirer profit de cette zone.

Les Décideurs : Sur­monter les obsta­cles au commerce entre les pays afri­cains. C’est l’objec­tif de la Zlecaf. Les chefs d’Etat afri­cains ont-ils raison de mettre enfin en place cette zone?

Codjovi Dieudonné Assouvi : Les prési­dents africains ont fait un bon diagnostic. En effet, le commerce intra-africain est très faible et tourne au­tour de 10 à 12%. Mieux, le projet de mise en place d’une zone de libre-échange qui trainait depuis bientôt 60 ans est remis à l’ordre du jour par l’Union africaine en 2012. Après quelques tergi­versations, cette zone de libre échange est devenue une réalité. Mais le plus dur reste à venir, car il urge de surmonter les barrières douanières et après, les bar­rières non tarifaires entre ces pays-là pour promouvoir le commerce intra-afri­cain.

Quelles sont les opportu­nités qu’offre cette zone de libre-échange pour les entreprises du conti­nent ?

Ce projet de Zone de libre-échange continen­tale africaine ouvre un grand marché qui est un marché de plus d’un mil­liard de consommateurs, de clients pour toutes les entreprises où qu’elles se trouvent en Afrique. Cela veut dire que lorsque vous produisez par exemple dans un pays X, ou au Bénin par exemple, vous avez la possibilité de faire écouler votre produit sur le plus grand marché qui est composé de 55 pays dont plus d’un milliard de consommateurs. C’est une opportunité à saisir d’autant plus que les obstacles qui empêchaient de faire le commerce avec l’Algérie, le Nigé­ria, en principe devraient être levés pour faciliter le commerce intra africain.

Codjovi Dieudonné Assouvi, manager en chef de la Zlecaf pour le Bénin

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Quel est le rôle que le Bénin a joué dans le projet de la Zone de libre-échange continentale africaine ?

Le Bénin a participé en tant que pays né­gociateur et entre temps, sa signature a été gelée pour avoir des concertations nationales d’appropriation de ce proces­sus d’intégration par les entreprises bé­ninoises et par les cadres béninois. Ce processus a été accompli courant janvier jusqu’à juillet 2019. Et le 07 juillet 2019, le chef de l’Etat Patrice Talon, s’est ren­du à Niamey au Niger et a signé l’accord portant création de la Zone de libre-échange continentale africaine qui est entrée en vigueur depuis le 30 mai 2018.

Dites-nous les priorités du Bénin dans la Zone de libre-échange continentale africaine

Le Bénin dans cette Zone de libre-échange continentale africaine doit transformer structurellement son éco­nomie. Cela veut dire qu’il faut transfé­rer les facteurs de production dans les secteurs peu assortis vers les secteurs à forte production. Par exemple, le Bénin a choisi au moins cinq produits à pro­mouvoir à savoir le riz, le maïs, l’ananas, le karité et autres. Il va falloir qu’on crée de la valeur ajoutée sur ces produits, c’est-à-dire avoir des industries de trans­formation pour que le Bénin soit prêt pour tirer profit de la Zone de libre-échange continentale africaine. C’est de cela qu’il s’agit. Si on n’encourage pas la valeur ajoutée de nos produits, on ne pourra pas tirer pleinement profit de cette Zone de libre-échange continen­tale africaine. En même temps, c’est une opportunité mais c’est aussi un risque pour les produits qui ne vont pas se lan­cer dans la compétitivité industrielle. Donc le Bénin doit s’inscrire dans cette dynamique pour tirer profit de la Zone de libre échange continentale africaine. Tout compte fait, le marché reste ouvert pour les entreprises béninoises comme pour toutes les entreprises de l’Afrique.

Qu’est ce que les opérateurs écono­miques béninois ont à titrer de la Zle­caf ?

Les opérateurs économiques béninois ont beaucoup à tirer de la zone de libre-échange continentale africaine. Ils ont intérêt à s’organiser entre eux en tant que groupes d’entreprises. Dans ce cas, cela passe par des séances d’appropria­tion. Après cette étape, les groupes d’entreprises en concert avec les autori­tés gouvernementales doivent organiser de manière structurelle notre écono­mie. Les opérateurs économiques d’ici, dans une synergie d’actions avec leurs collègues des autres pays doivent s’ef­forcer à briser les tabous et les habitu­des qui engluent la dynamique pour une Afrique plus intégrée. n

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