Tourisme et hôtellerie au Bénin : Sites naturels, effets économiques

Tourisme et hôtellerie au Bénin :  Sites naturels,  effets économiques

Dossier réalisé par Nafiou OGOUCHOLA

Le Bénin, pays dont les recettes sont essentiellement fiscales a engagé une vaste politique de promotion de son pa­trimoine touristique. En effet, le gouver­nement entend tirer davantage profit de ce secteur qui contribuait à 2% au budget de l’Etat.

D’où l’intérêt de ce dossier, qui nous per­met de faire une incursion au coeur des réformes engagées depuis 2016 dont une bonne partie est confiée à l’Agence na­tionale de promotion des patrimoines et de développement du tourisme (ANPT). Aussi, avons-nous fait un aperçu des projets relatifs aux grands reflets du parc de la Pendjari, véritable réserve faunique et animalière du Bénin. Toute­fois, conscient de ce que l’essor du tou­risme est aussi l’affaire du secteur privé, nous avons approché la responsable de l’agence ‘’Cristal Tour’’, la 4ème vice-pré­sidente, coordonnatrice des régions de la mandature 2020-2025 de la Chambre de commerce et d’industrie du Bénin (CCIB), Christiane Tossou née Codjo, et le responsable marketing et commercial de ‘’Mamou voyages’’, Mathieu Josserand pour leur grille de lecture.

Pour finir, nous avons réalisé un entretien avec Guy Johnson, expert international en tourisme durable et digital, ancien di­recteur de cabinet, ancien secrétaire gé­néral de ministère, ancien conseiller tech­nique de plusieurs ministres du Tourisme du Bénin et représentant de l’Afrique au Comité de programme de l’Organisation mondiale du tourisme de 2007 à 2015. L’occasion était pour lui de renseigner, entre autres, sur ses initiatives privées pour le développement du tourisme bé­ninois et africain.

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SECRETS DE REUSSITE

Quelques sites touristiques du Bénin (Parc Pendjari,…

Le gouvernement du Bénin a de­puis l’avènement du régime de la ‘’Rupture’’, pris d’importantes dé­cisions pour impacter le secteur du tourisme. On peut citer le par­tenariat noué entre la National Geogra­phic Society, African Parks et la Fonda­tion Wyss. Ce partenariat qui remonte à mai 2017 pour un montant de 23 mil­lions de dollars, soit environ 14 milliards FCFA, va permettre la conservation et la revitalisation du parc de la Pendjari.

En outre, le ministère du Tourisme, de la culture et des arts s’attelle à se doter d’un Compte satellite du tourisme (CST). La première phase du processus d’éla­boration des documents de cette ré­forme a été restituée aux parties pre­nantes, au cours d’un atelier de deux jours qui s’est tenu les mercredi 20 et jeudi 21 novembre 2019 dans les locaux dudit ministère.

Ce projet découle du volet compétitivité du tourisme transfrontalier. En effet, le Bénin a initié un programme de mise à jour du système des statistiques touris­tiques avec comme objectif, la mise en place progressive du Compte satellite du tourisme. La première phase du proces­sus d’élaboration des documents de cette réforme a été restituée aux parties prenantes. « Les statistiques produites aujourd’hui sur le secteur tourisme souffrent d’exhaustivité et de fiabilité. Le poids réel du tourisme dans l’écono­mie en termes de contribution au Pro­duit intérieur brut (PIB), à la valeur ajou­tée brute et à la création d’emploi est sous-évalué », selon le ministère du Tou­risme. Ce compte satellitaire permettra de recenser toutes les informations rela­tives aux secteurs touristique et hôtelier béninois. Ce qui permettra aux experts d’avoir à disposition des chiffres précis pour attirer les touristes. Il y a aussi dans le secteur du tourisme au Bénin, une autre décision de taille qui mérite d’être signalée. Il s’agit du choix de l’Amazone fait par l’ANPT comme identité visuelle. C’était le 29 août 2019. Le projet de la route du vodou, la création et l’installa­tion de la galerie nationale et le projet de réhabilitation de sites touristiques

…tata somba…

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dont les musées et le village lacustre de Ganvié sont également d’une certaine importance.

Le gouvernement béninois a également marqué les esprits avec cette décision qui épargne les africains de visa pour ve­nir au Bénin.

De nombreux atouts

Le Bénin dispose de nombreux atouts pour développer le tourisme et l’hôtel­lerie. Il s’agit de sa riche culture ; de ses arts ; de sa civilisation vodou ; des ves­tiges et de la mémoire de la traite né­grière à Ouidah. Il y a également les pa­lais royaux d’Abomey et leurs sites archéologiques célèbres ; le plus grand parc animalier d’Afrique de l’ouest, avec sa faune variée, sa flore et ses paysages uniques (Pendjari- Parc Régional W). Il y a enfin la plus grande cité lacustre d’Afrique (Ganvié) sans oublier les cités balnéaires et lagunaires…

Une vaste politique de valorisation des sites touristiques est en cours. Du parc de la Pendjari à la route du vodou en passant par les musées et autres édi­fices royaux, des investissements colos­saux sont consacrés. Objectif de tous ces efforts, conserver les richesses cultu­relles et les valoriser pleinement.

Fort de ces potentialités, des travaux sont en cours de réalisation. Il s’agit de la route des pêches qui se poursuit sans oublier la restauration des sites et de la cité lacustre de Ganvié.

La Banque mondiale par rapport au sec­teur du tourisme note des avancées se­lon l’un de ses rapports. De l’expertise de l’institution de Bretton Woods, on re­tient que les infrastructures de base existent. Cependant, on observe des dysfonctionne­ments en termes de réglementa­tion, de ressources et d’institu­tions qui entravent la macroéconomie.

Ce rapport précise néanmoins que le tourisme contribue pour 2 à 3,9% du Produit intérieur

SECRETS DE REUSSITE

…chutes de la Sota,…

…et cité lacustre de Ganvié )

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brut (PIB) du Bénin, plus que certains pays à revenu intermédiaire. « Le tou­risme, à travers sa triple dimension (tou­risme d’affaires, tourisme de congrès et tourisme d’agrément) représente la deuxième source d’entrée de devises après le coton. Il constitue une source potentielle importante d’accélération de la croissance économique avec des ef­fets d’entrainement sur les pôles BTP, agroalimentaire et artisanat », a conclu l’institution de Bretton Woods.

En effet, avec tous les efforts consentis par le gouvernement du Bénin, on sent une grande inspiration à la rwandaise dans le secteur du tourisme. Sans eu­phémisme, le Bénin de Patrice Talon va à l’école de Paul Kagamé du Rwanda. Désormais au Bénin en matière de tou­risme, il s’agit de s’appuyer sur un cadre règlementaire relooké avec en prime des réformes importantes. Ensuite, on répertorie des poten­tialités qui existent, investir de manière rationnelle puis en faire une destination attrayante et une source de revenus. Mais qui dit tourisme dit infrastructures. Quelle est la situation du Bénin par rapport à ce secteur ?

Des hôtels… comme des points d’appui

L’Etat central a mis un point d’honneur à promouvoir des résidences dignes du nom pour accueillir les touristes au Bé­nin. A cet effet, plusieurs hôtels de stan­ding international sont sortis de terre dans la capitale économique, Cotonou. On les retrouve dans les encablures de l’aéroport de Cotonou et dans le centre-ville. Et plusieurs autres sont en construc­tion. Objectif, renforcer la capacité hôte­lière du pays, véritable levier de développement du tourisme.

Selon les données recueillies à la direc­tion du Tourisme et de l’hôtellerie, le Bénin comptait en 2010, 580 établisse­ments hôteliers, pour une capacité de

Porte de non retour à Ouidah

Forêt sacrée de Kpassè-Ouida

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près de 7.362 chambres et 14.704 lits, avec une forte concentration dans le sud du pays.

Toutefois, il convient de s’interroger sur le respect des normes en vigueur au plan international. En effet, plusieurs observateurs avertis des secteurs touris­tique et hôtelier se demandent si les plans de restauration et de construction des édifices touristiques et hôteliers sont adaptés aux normes internatio­nales. Mais les autorités béninoises ras­surent.

Avalanche de taxes

Les résultats des réformes entreprises par le gouvernement du Bénin pour pro­mouvoir le tourisme et l’hôtellerie ne sont pas encore assez visibles. Même si des complexes hôteliers sont devenus une réalité depuis quelques années, il n’en demeure pas moins évident que certaines dispositions ont eu pour effet contraire de mettre du plomb dans l’aile des promoteurs et usagers des in­frastructures hôtelières.

En effet, dans la loi de finances gestion 2019, il a été institué des taxes supplé­mentaires sur le séjour des usagers des hôtels et auberges. De 500 F CFA à 2500 F CFA, ces frais sont ajoutés au coût nor­mal de prestations hôtelières, pesant davantage sur les touristes. Pis, de nou­velles taxes ont été instituées depuis quelques années aux différents points d’entrée du Bénin notamment à l’aéro­port Cardinal Bernadin Gantin de Cadjèhoun.

En rajoutant aux charges financières des touristes, le gouvernement n’est-il pas vite allé en besogne? Peut-on vouloir une chose et son contraire ? n

TOURISME

SECRETS DE REUSSITE

Façade du Palais royal d’Abomey

Façade d’un atelier de teintures historiques à Abomey

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ECRAN DU MOIS

l Christiane Tossou parle de la professionnalisation du secteur touristique

Le secteur hôtelier est en pleine mutation au Bénin. A travers les ré­ponses apportées à quelques questions, la responsable de l’agence ‘’Cris­tal tour’’, la 4ème vice-présidente, coordonnatrice des régions de la man­dature 2020-2025 de la Chambre de commerce et d’industrie du Bénin (CCIB), Christiane Tossou née Codjo, nous situe.

Les Décideurs : Quelles sont les ré­formes opérées dans les secteurs du tourisme et de l’hôtellerie ces dernières années ?

Christiane Tossou : Les réformes sont en cours. Presque tous les textes qui ré­gissent le tourisme au Bénin sont en cours de relecture. Ceci en vue de la professionnalisation du secteur pour l’épanouissement autant des acteurs que des touristes et usagers des struc­tures hôtelières. Je puis citer essentiel­lement la réforme du système de déli­vrance des licences d’exploitation, les réformes des formations et des curricula et l’institution de la taxe de séjour par abrogation de la taxe sur les nuitées.

Quels sont les avantages de ces ré­formes ?

Christiane Tossou née Codjo

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Nous pouvons citer, la dématérialisation de tout le processus ; la rapidité dans le processus de délivrance des licences et la suppression des tracasseries adminis­tratives. Aussi, peut-on mettre en exergue la normalisation des services ; le classement conséquent des hôtels et l’obtention d’une cartographie des hô­tels adaptés à la demande des services touristiques.

Quelles sont les difficultés qu’ont eues les acteurs de l’industrie touristique bé­ninoise à se conformer à ces réformes ?

Pour le moment, les acteurs, par le biais des associations professionnelles tra­vaillent à mettre en place avec le gou­vernement, une passerelle pour bénéfi­cier des financements et formations nécessaires pour rendre compétitives leurs structures dans la sous-région. Mais concrètement, les résultats seront analysés à la mise en oeuvre desdites ré­formes et là seulement, nous pourrons nous prononcer.

Quels sont les accompagnements im­portants dont vous bénéficiez de la part du gouvernement ?

Dans nos échanges avec le gouverne­ment, à terme, des mesures incitatives seront accordées aux entreprises en vue de leur développement et de leur pro­fessionnalisation. n

ECRAN DU MOIS

Maquette de la route des pêches au Bénin

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ECRAN DU MOIS

l 600 milliards FCFA à l’ANPT pour rendre une ‘’fiction’’ réelle

Le gouvernement de la République du Bénin a, par décret n° 2016-442 du 27 juillet 2016, acté la création de l’ANPT en définissant ses statuts. Placée sous la tutelle de la prési­dence de la République, sa gestion a été confiée à un homme de lettres doublé de la casquette de dirigeant d’établissements culturels, José Pliya.

L’Agence nationale de promotion des patrimoines et de développe­ment du tourisme est dotée d’un budget de 600 milliards FCFA sur cinq ans. Mû par l’ambition de faire du tourisme, un levier de développement, le chef d’Etat

béninois, Patrice Talon, a révélé la responsabilité qui est sienne au directeur général de cette agence, José Pliya. C’était en ces termes : « … au Bé­nin, le tourisme est une fiction qu’il faut

José Pliya, le patron de l’Agence nationale de promotion des patrimoines et de développement du tourisme (ANPT)

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rendre réelle ». Et il n’en faudra pas plus pour que celui-ci décortique ce message : « C’est-à-dire que vous pouvez avoir le plus beau potentiel, si vous ne le mettez pas en ‘’histoire’’, ce que les américains appellent le ‘’story telling’’, ça ne marche pas », a expliqué José Pliya.

L’histoire et la culture sont à vendre

Le point focal du tourisme béninois reste l’histoire et la culture, selon le directeur général de l’ANPT. De ses explications, il ressort que grâce aux rois d’Abomey, l’histoire du Bénin est structurée de deux façons. D’une part, le commerce de l’esclavage sur trois siècles et, d’autre part, la religion endogène, le vodou.

Or, tout en regorgeant de cultures ex­traordinaires, ce secteur souffre d’une image négative qui s’est encore ampli­fiée quand le vodou s’est exporté en Haïti. Là-bas, il a été caricaturé par le ci­néma hollywoodien. « C’est en cela qu’il est question d’identité, c’est l’image qu’on renvoie », a martelé José Pliya.

100.000 emplois à créer en 10 ans

Le gouvernement du Bénin compte ex­ploiter la transversalité du secteur tou­ristique pour créer 100.000 emplois en 10 ans. Ceci en réussissant un pari ambi­tieux. « Attirer un million de visiteurs d’ici 2021 », a confié le DG de l’ANPT.

Une cible diversifiée, le tourisme in­tra-africain promu

Le géant voisin du Bénin, la République fédérale du Nigéria avec ses 200 millions d’habitants est dans le viseur de l’ANPT. Pour ce faire, le Bénin a décidé de pro­mouvoir le tourisme sud-sud. « Notre premier segment, c’est un tourisme in­tra-africain», a renseigné José Pliya. Ain­si, la première étape de cette ‘‘chasse’’ aux touristes nigérians est déjà en oeuvre selon le directeur général de l’ANPT qui a confié que la classe moyenne du plus grand pays de l’Afrique de l’ouest « est déjà notre cible première ».

Ensuite, les expatriés qui sont au Togo, au Burkina Faso, et qui, dès les grandes vacances, peuvent vouloir venir au Bé­nin, sont ciblés. De même, les africains en général sont attendus. Cette volonté a abouti à la politique de zéro visa pour les africains.

Aussi, une ligne directe depuis le Rwan­da est-elle en cours de création afin d’at­tirer les touristes des Etats de l’Afrique de l’est à savoir : Kenya, Tanzanie, Afrique du Sud, Botswana.

Enfin, l’ANPT a travaillé à l’augmentation des touristes afro-descendants d’Haïti, des États-Unis, du Canada, des Antilles et aussi les asiatiques car 3,5 % des tou­ristes viennent de Chine. n

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l ‘’Mamou voyages’’, pour la promotion du tourisme domestique

Mariam Djaouga, promotrice de ‘‘Mamou voyages’’

La volonté affichée par le gouvernement du Bénin de développer le tourisme est soutenue par les acteurs du secteur. Parmi les initiatives à succès du secteur privé, celles de l’agence ‘’Mamou voyages’’ apportent un plus à la promotion du patrimoine touris­tique du Bénin.

L a promotion du tourisme au Bé­nin figure au programme de ‘’Ma­mou voyages’’ depuis 2014. Comme l’explique le responsable marketing et commercial de cette socié­té, Mathieu Josserand, le tourisme peut gagner à ce que les citoyens béninois connaissent mieux leur pays. «Nous avions fait le constat que non seulement peu de citoyens béninois avaient une bonne connaissance du Bénin mais aus­si qu’ils étaient très peu à en connaître les richesses culturelles », a-t-il confié.

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Pour pallier ce vide, ‘’Mamou voyages’’ a initié plusieurs programmes. Tout d’abord, le projet ‘’Je connais le Bénin’’. « C’est un circuit total de huit jours dont quatre dans le sud et quatre dans le Nord avec la possibilité de choisir seule­ment le circuit du nord ou du sud pour quatre jours », a expliqué Mathieu Jos­serand.

Ensuite, des ‘’Journées découvertes’’ sont organisées pour permettre aux tra­vailleurs béninois de visiter des sites touristiques sur l’ensemble du territoire national mais avec des programmations variées et spécifiques. Ceci s’apparente aux colonies de vacances qui sont organisées lors des périodes de repos des écoliers, élèves et étudiants, pendant lesquelles, les participants vont à la découverte des richesses culturelles du Bénin.

Enfin, l’agence ‘’Mamou voyages’’ a un programme pour les fêtes culturelles au Bénin. De la fête du Vodou à la Gaani en passant par les fêtes rituelles des nom­breuses ethnies du Bénin, les touristes béninois bénéficient d’une organisation parfaite qui leur permet d’assister aux manifestations dans les meilleures conditions de confort et de sécurité. n

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Démonstation de la cavalerie lors de la fête de la Gaani

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Une famille de léopards dans le parc de la Pendjari

DANS LA GALERIE DES CHIFFRES

l Le tourisme contribue pour 2 à 3,9% du Produit intérieur brut (PIB) du Bénin selon un rapport de la Banque mondiale.

l « Entre 60 et 70 % des touristes qui viennent au Bénin sont des touristes d’affaires. Environ 200.000 touristes viennent au Bénin chaque année. Entre 25.000 et 30.000 touristes visitent Ouidah chaque année », selon Guy Johnson, ancien directeur de cabinet du ministère du Tourisme.

l 3,5 % des touristes viennent de la Chine.

l Le Bénin comptait en 2010, 580 établissements hôteliers, pour une ca­pacité de près de 7.362 chambres et 14.704 lits, avec une forte concentra­tion dans le sud du pays. La mise en place progressive du Compte satellite du tourisme (CST) depuis novembre 2019 permettra de faire une estima­tion plus fiable.

l Dans la loi de finances gestion 2019, il a été institué des taxes supplé­mentaires sur le séjour des usagers des hôtels et auberges. Elles peuvent varier entre 500 FCFA et 2500 FCFA selon le standing de l’établissement.

l 600 milliards FCFA sur cinq ans pour que l’ANPT développe le tourisme au Bénin. «On souhaite attirer un million de visiteurs d’ici 2021 », selon José Pliya, le patron de l’ANPT.

l Le gouvernement du Bénin compte exploiter la transversalité du secteur touristique pour créer 100.000 emplois en 10 ans.

l Augmentation des recettes du tourisme de vision & chasse de 55.799.000 FCFA en 2017 à 244.118.500 FCFA en 2019 au parc de la Pendjari.

l Création de 190 emplois permanents et 812 emplois occasionnels au parc de la Pendjari.

l 474 Km de pistes aménagées au parc de la Pendjari.

l Travaux de création en cours d’un nouveau camp de safari semi-mobile

l Travaux, en cours, d’un nouveau camp de guides privés African Parks.

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ECRAN DU MOIS

l Guy Johnson évoque les atouts du tourisme au Béninois

Le secteur du tourisme constitue une manne capable d’entrevoir d’horizons économiques importants aussi bien pour l’Afrique que pour le Bénin. Pour ce sujet spécifique, une expertise pointue, celle d’un homme qui a fait toute sa carrière dans le secteur. Il s’agit de Guy Johnson, expert international en tourisme durable et digital, ancien directeur de cabinet, an­cien secrétaire général du ministère, ancien conseiller technique de plusieurs ministres du Tourisme du Bénin et représentant de l’Afrique au comité de programme de l’Or­ganisation mondiale du tourisme de 2007 à 2015. Guy Johnson est également expert de la conférence des Nations-unies pour le commerce et le développement. Il y pilote un programme de tourisme électronique qu’il a conçu. Lisez ses explications.

Les Décideurs : Le Bénin est-il attractif pour les touristes ? Peut-on connaitre l’effectif des touristes qui foulent le sol béninois chaque année ?

Guy Johnson : Dans notre pays, chaque année, les touristes qui viennent et re­partent tournent autour de 200.000. Avouons qu’on n’a pas toujours très bien collecté et traité les données. Mais quand on n’a pas de statistiques sé­rieuses, on ne peut planifier quelque chose de manière sérieuse.

Quelles sont les provenances des tou­ristes qui viennent au Bénin ?

Les touristes qui viennent au Bénin sont en majorité des touristes d’affaires. Le

Guy Apan Johnson, expert international en tourisme

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volume est entre 60 et 70 %. Certaines statistiques vont même jusqu’à 80 %. C’est ceux qui viennent chercher des op­portunités d’affaires simplement. Mais voilà que notre économie n’est pas très performante. C’est donc pour cela que le volume n’est pas très important. En général, les touristes sont des voisins qui viennent du Nigéria, de la Côte d’Ivoire et du Cameroun, etc.

Maintenant, il y a aussi le tourisme d’agrément. Ce dernier concerne la France. Ce pays vient en tête du fait de nos relations historiques et du fait que nos compa­triotes sont nombreux-la-bas, eux qui reviennent au pays pour des raisons familiales, etc.

Au Bénin, quelles sont les destinations les plus visi­tées par les touristes ?

On peut dire que ce sont celles que le gouvernement est en train d’essayer de réhabiliter. Donc Ouidah déjà. Mais ce n’est pas tellement important. Vous avez à peu près entre 25.000 et 30.000 per­sonnes qui vont à Ouidah par an, selon les statistiques. L’île de Gorée au Séné­gal qui est moins pourvue que Ouidah est plus visitée. Il y a sept bateaux de 350 personnes qui y vont par jour dans la bonne saison. Donc en deux semaines, l’île de Gorée peut enregistrer des sta­tistiques autour du millier dans la bonne saison. Parce que les Sénégalais tra­vaillent sérieusement pour faire le mar­keting de leur destination. Mais au-delà, les atouts du tourisme au Bénin sont nombreux.

Les spécialistes du tourisme n’arrivent pas à s’accorder sur l’impact écono­mique du tourisme intérieur souvent sous-évalué. Quelle est votre lecture?

Quand nous considérons dans la défini­tion classique et mondiale du tourisme, celui dit intérieur, est limité. Parce que très souvent, même au niveau de l’Orga­nisation mondiale du tourisme, on n’a pas les statistiques sur le tourisme intérieur, c’est-à-dire le tou­risme national, celui que l’on fait à l’inté­rieur des pays. On ne mesure que le tou­risme international, c’est-à-dire les gens qui bougent d’un pays à l’autre. Et les statistiques de l’Organisation mondiale du tourisme vous disent que les flux touristiques na­tionaux sont dix fois plus importants. Cela veut dire que l’impact économique du tourisme est sous-évalué faute d’ou­tils statistiques de mesure. Dès lors, faute d’une évolution approfondie dans la recherche, on ne peut donc cerner tous ses contours et ses effets socioéco­nomiques.

Quelles solutions proposez-vous pour développer le tourisme ?

Nous avons deux solutions. Il y a une

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En général, les touristes sont des voisins qui viennent du Nigéria, de la Côte d’Ivoire et du Ca­meroun, etc.

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que j’ai appelée ‘’Initiative de partena­riat public-privé’’. Ceci pour atteindre les Objectifs du millénaire pour le dévelop­pement (OMD). C’était en 2008 que nous avons sorti cette proposition. Nous étions dans le cycle des OMD puisque l’échéance était 2015. Donc sept ans d’anticipation pour que par le tourisme, on atteigne les OMD. Depuis que les OMD sont devenus une réalité en 2000, pourquoi pen­dant 15 ans on n’a pas eu des stratégies de l’envi­ronnement, de l’agricultu­re, de l’industrie, du tou­risme, etc, pour atteindre les OMD ? Si on veut être systématique et faire du travail approfondi, c’est des choses comme ça qu’on doit faire.

Nous avons sorti ce programme en 2008, validé par les ministres africains du Tou­risme, la même année ; par les ministres du Tourisme du monde en 2009 ; signé par le Pnud en 2010 ; adopté par le conseil des ministres du Bénin en 2009. Mais on est allé jusqu’à l’échéance de 2015 sans rien faire de ce projet. Quatre agences des Nations-unies étaient d’ac­cord. Les Japonais sont dans un méca­nisme financier qu’on appelle le ‘’Ticad’’ (Tokyo international conference for Afri­ca development). Ils avaient 15.000 mil­liards FCFA pour financer ce programme. Ils ont dit qu’ils sont intéressés par notre solution que j’ai chiffrée à 10.000 mil­liards FCFA. A raison de 500 milliards par pays pour 20 pays. J’ai eu l’occasion de présenter ce programme aux Japonais lors d’une réunion organisée par la Banque mondiale, le Pnud et l’Organisa­tion mondiale du tourisme. C’était en Ouganda. Les Japonais étaient tout de suite intéressés et ils ont saisi l’Organisa­tion mondiale du tourisme qui m’a saisi. Deux, trois mois après, les Japonais nous ont invités pour venir consolider le dossier. C’était à Arusha en Tanzanie. Mais pour voyager, le Bénin était incapable de nous décaisser deux millions FCFA pour aller défendre les 10.000 milliards FCFA.

En substance, ce projet était basé sur le tourisme et le numérique. Il suffit de mettre 20 ordinateurs par arrondis­sement puis tout est joué. Nous, nous avons la solution technologique pour connecter 10.000 autres ordinateurs à ces 20. Maintenant dans cette salle où on met 20 ordinateurs, j’ai le programme à faire appliquer aux jeunes. Quand nous avons dit la solution sur les pla­teaux et dans certains milieux, tout de suite un ministre a dit à un réseau GSM de venir m’écouter. Quand les respon­sables de ce dernier sont venus, ils ont proposé de donner 15 ordinateurs pour cela. Maintenant ils sont allés prendre les ordinateurs mais ils n’ont pas le pro­gramme. J’ai 32 projets pour changer la

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Parce que très souvent, même au niveau de l’Organisation mondiale du tourisme, on n’a pas les statistiques sur le tourisme intérieur, c’est-à-dire le tourisme national, celui que l’on fait à l’intérieur des pays.

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donne touristique du continent. Et ces projets peuvent devenir mille, un mil­lion, un milliard de projets instantané­ment, en fonction de la volonté et de l’engagement dans mon projet.

De quoi avez-vous besoin pour mettre en oeuvre ce programme ?

Nous avons besoin de trois choses. D’abord, on a besoin de la volonté des acteurs, parce que, cela fait 12 ans que ce programme existe et partout dans le monde entier, le programme passe. C’est plutôt ici qu’on se pose encore des questions là-dessus. Pour cela, nous avons besoin de la volonté des gens. Nous avons également besoin de la mentalité des gens pour qu’ils aient la mentalité de la gouvernance, parce qu’on ne peut rien faire dans le désordre caractérisé. Mais la mentalité doit être en faveur du développement, c’est-à-dire la mentalité qui facilite les choses, qui accompagne et qui assiste les choses, qui fait la sécurité technique des choses, c’est-à-dire les critères de doing business favorables à l’initiative et aux opportuni­tés. On perd trop d’opportunités, on ne fait que cela d’ailleurs.

Quel est votre budget et comment pen­sez-vous mobiliser les fonds ?

Ce programme a un volet public et un volet privé. Sur le volet public, j’avais travaillé depuis 12 ans et j’ai eu tout le succès en moins de deux ans, pour ap­porter deux choses à l’Afrique. La pre­mière chose est l’expertise. Les africains vont mettre l’argent, sinon c’est l’unique chose qu’il faut. Quand nous avons initié ce programme en 2008, en 2009 déjà, il est validé par tous les ministres du monde. En 2009, les Japonais cher­chaient le programme qu’on chiffrait pour 20 pays à 10 000 milliards FCFA. Donc en fait, c’est la chose principale, mais si ceux qui doivent porter le projet ne le comprennent pas ou bien ne veulent pas l’accompagner, le résultat est là. On est resté là à tourner en rond pendant 10, 12 ans.

Donc les fonds, ce n’est pas ce qui manque pour un bon projet. Tant que le projet est bon, vous trouverez toujours l’argent.

La volonté politique constitue-t-elle le seul blocage à vos solutions ?

Je ne parle même plus de la volonté po­litique, parce qu’on en a trop parlé. On parle de la volonté de tous les acteurs. Parce qu’au niveau de mon projet, si vous parlez du côté public, c’est la vo­lonté politique, mais j’ai déjà quitté ce niveau, puisqu’on ne peut pas parler de la même chose durant 10, 20 ans. Donc j’en suis maintenant au volet privé. Ce volet implique la volonté des acteurs, puisque pour réussir aujourd’hui les ac­teurs ont besoin d’une seule chose qui est d’être des professionnels.

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