Retraite au Bénin:Un saut dans l’inconnu ?

Retraite au Bénin:Un saut dans l’inconnu ?

Ça doit être un plaisir pour chaque citoyen qui a bien servi son Etat durant plusieurs années d’aller se reposer. Mais ce n’est toujours pas le cas.  Tandis que certains tentent de s’accrocher indéfiniment, d’autres acceptent malgré eux. La retraite au Bénin est souvent perçue comme une situation désobligeante pour le fonctionnaire béninois qui semble se retrouver dans l’anti chambre de la mort du fait d’un défaut d’organisation.

Bidossessi WANOU

« Soixante (60) ans d’âge pour les agents de l’Etat des catégories A ; cinquante-huit (58) ans d’âge pour les agents de la catégorie B ; cinquante-cinq (55) ans d’âge pour les agents de la catégorie C et D. Pour les enseignants du supérieur, la loi prescritsoixante-cinq (65) ans d’âge pour les professeurs titulaires, les maîtres de conférence, les directeurs de recherche et les maîtres de recherche inscrits sur une liste d’aptitude du CAMES ; soixante-trois (63) d’âge pour les maîtres-assistants et les chargés de recherche inscrits sur une liste d’aptitude du CAMES ; soixante-deux (62) ans d’âge pour les assistants des universités, les professeurs et professeurs-assistants des corps autonomes. Les conditions d’admission à la retraite des magistrats, des personnels militaires et paramilitaires sont définies par leurs statuts respectifs » ; c’est ce que propose la loi n° 2015-19 modifiant et complétant la loi n° 86-014 du 26 septembre 1986 portant code des pensions civiles et militaires de retraite voté par le parlement béninois le 02 avril 2015. Selon leur catégorie ou corps de métier donc, chaque fonctionnaire béninois a la possibilité de faire valoir ses droits à une pension de retraite. Cependant, pour espérer faire valoir ses droits à une pension de retraite, certains préalables sont requis à savoir,au moins 180 mois d’assurance effective à la Caisse nationale de sécurité sociale et avoir cessé toute activité salariée. Toutefois, la possibilité est donnée aux agents qui le souhaitent d’anticiper leur départ pour la retraite, pourvu que ce soit dans une marge de cinq ans maximum d’avance. Dans ce cas, la pension est frappée d’un abattement de 5% par année d’anticipation jusqu’à ce que le retraité atteigne 60 ans d’âge où ledit abattement cesse.

En moyenne, on enregistre annuellement environ 20.000 départs à la retraite au Bénin. Mais paradoxalement, ils sont aussi nombreux  à s’accrocher de plus bel quand l’heure sonne.  Et pour cause, les conditions de vie des retraités au Bénin jusque dans un passé récent était très pénible. Et même si on peut se convaincre de ce que des efforts sont faits, toujours est-il que la situation reste critique. Inexistence de maison de retraite, quasi inexistence  d’organisation ; généralement, certains retraités  après plusieurs années de service rendus, redeviennent une charge pour l’Etat et pire, leur famille. D’autres, pour échapper à l’ennui, se reconvertissent pour tenter de maintenir la forme. La situation était ainsi jusqu’à l’avènement du régime du gouvernement du Président Patrice Talon en avril 2016. C’est le  régime de la Rupture qui va ouvrir une série de projets qui profitera également aux retraités et pensionnaires.  Depuis lors, certains retraités, notamment ceux qui ont une pension minimum de 50.000Fcfa sont instruits à ouvrir des comptes dans les banques, des comptes via lesquels ils perçoivent leur pension. C’est ainsi que plusieurs milliers de pensionnaires se sont vus soulagerpar cette mesure, notamment des longues files d’attente parfois infructueuses, des programmations sans suite favorables et autres inconforts qui réduisent drastiquement l’espérance de vie des retraités.

Retraite, l’antichambre de la mort

On note au Bénin un désintérêt presque général pour les agents retraités. Les portes de l’enfer semblent s’ouvrir à ceux-ci en raison de l’écart et du vide qui les entourent une fois l’âge d’admission à la retraite venue. Seulement quelques minimes administrations essayent de maintenir le lien avec cette catégorie d’agents qui pour la majorité constituent de véritable mémoire. C’est ainsi qu’on retrouve l’amical des retraités de l’Office de radio diffusion et télévision du Bénin (ORTB), les anciens combattants, l’association des douaniers retraités et quelques autres rares initiatives qui sont très peu actives voire inconnues. Toujours est-il que l’expérience n’est pas généralisée et chacun y va comme il l’entend. Le mépris apparent de cette catégorie sociale se traduit aussi par l’absence de maison de retraite et de vieillesse au Bénin, si ce n’est des initiatives éparses de l’église catholique avec un centre d’accueil des personnes du troisième âge devenu trop exiguë. C’est dire que les retraités au Bénin sont laissés à eux-mêmes après de loyaux services. Dans cette situation, certains affrontent nombre de situations inconfortables, ce qui sans nul doute affecte considérablement leur espérance de vie. Dans un contexte où, le taux de chômage va grandissant, combien ne sont-ils pas encore au soir de leur vie à investir les pensions dans l’éducation ou le soutien des fils et petits fils ou encore dans des soucis de santé souvent hérités des années de sacrifice et de service? Certains résistent même au repos pour se relancer dans d’autres projets.

Retraités reconvertis

La retraiteprofessionnellemarque la fin d’une carrière. Mais en fonction de leur énergie et surtout des dépenses à charges, ils sont nombreux aussi ces retraités qui se reconvertissent, s’occupent d’autres tâches. De la collaboration avec des structures privées ou la poursuite dans la même administration ou service en qualité d’honoraire, nombre d’opportunité s’offrent à certains retraités. C’est le cas de GlèlèRodolph, contrôleur des travaux publics à la retraite qui collabore toujours avec des structures pour l’exécution et le suivi de chantiers.  Pour se justifier, «  Je suis à la retraite certes, mais j’ai encore quelques charges à supporter. Ma pension seule ne suffit pas donc, aussi longtemps que mon corps répondra, je continuerai à exercer » a-t-il laissé entendre avant d’ajouter que certaines choses sont même devenues une habitude ou un reflexe pour lui et il ne saurait se contenter de la retraite pour s’asseoir à la maison. Dans certaines administrations, notamment les universités et dans le secteur de la santé,  des retraités continuent toujours par officier parce que sollicités par l’Etat lui-même pour pallier l’insuffisance de personnels qualifié dans leur domaines. On en rencontre aussi qui se meuvent en fermiers, en agent de sécurité ou en commerçants toujours pour arrondir les fins du mois ou échapper à l’ennui ou la solitude.

Le vent des réformes ;la Rupture pour assainir ?

« J’ai pris ma retraite en 2016. J’ai aussitôt commencé les démarches pour l’obtention de mon livret de pension, que je n’ai obtenu qu’en 2019, soit trois ans plus tard. Je remercie le ciel d’être restée en vie jusqu’ici »,témoigneGeorgette Saïzonou, enseignante du primaire à la retraite. Un tableau sombre que s’active à nettoyer le président Talon et son gouvernement. En effet,  les retraités prennent de plus en plus une place importante dans les réformes au ministère de l’économie et des financesdu Bénin depuis avril 2016. De la mise en place de la « e-pension » (système de numérisation des données de pension) qui a induit la bancarisation des pensions au delà de 50.000 FCFA  à la remise de la carte de pension le jour même du départ à la retraite au pensionnaire pour favoriser l’accès à la pension dès le premier mois et la décision de reversement à la caisse de sécurité sociale du reste de la part de souscription des agents n’ayant pas accompli le temps de service conventionnel, le régime de la Rupture ne ménage aucun effort pour le mieux être des retraités béninois. Un brin d’espoir est donc né pour cette catégorie de personne qui se trouve de plus en plus restructurée et reconsidérée.

Réformes de la retraite, pomme de discorde en France

Face à l’accélération du taux de vieillissement de la population, le gouvernement français a décidé de porter de 62 à 64 ans, l’âge de départ à la retraite. A en croire Edward Philippe, premier ministre, il s’agira d’un âge pivot.Une option qui n’est pas partagée par les syndicats de travailleurs qui exigent le maintient des 62ans, ce qui permet de partir relativement jeune à la retraite. C’est là le motif des mouvements de contestation qui ont déjà duré des mois. A en croire les syndicalistes, cette reforme pèserait sur les pensions de retraites. Et comme pour donner une suite favorable à leurs cris, le gouvernement a décidé de retirer provisoirement le principe d’âge pivot de 64 ans pour un âge d’équilibre qui permettra de converger progressivement déjà à partir de 2022 vers l’âge pivot en 2037. Cette option est faite, le temps que les syndicats réfléchissent à une alternative concluante au plus tard la fin du mois d’Avril.Il faut noter cependant que cette réforme n’a pratiquement pas de lien avec le contexte béninois. Etsi la France cherche à majorer l’âge de départ, c’est pour pallier le vide  crée par les départs à la retraite. Mais c’est bien l’inverse au Bénin où, le nombre de chômeurs et de demandeurs d’emploi reste considérable, et pour y faire face, la tendance doit être à l’ajustement de l’âge pour permettre à la génération de rapidement s’insérer professionnellement.  

Témoignages de quelques retraités

Retraite réussie

MalomonOké, agentde poursuiteaux impôts à la retraite

Je peux vous dire que je passe une retraite paisible. Et ce n’est pas un hasard, je l’ai préparé, ceci, dès le jour de mon entrée en fonction. 30 ans, ça passe vite et donc, j’ai eu la chance d’avoir de bons conseillés, j’étais habile aussi.Je n’ai jamais nourri d’ambitions qui dépassent mon revenu et je n’ai pas cherché à faire une compétition de femmes ou d’enfants. C’est vrai que quand on est en fonction, on ne peut pas épargner pour tout réaliser mais il y a des prêts qui, exploités à bon escient, vous soutiennent le moment venu. J’en ai fait par exemple et j’ai construit  deux différentes maisons à louer à Abomey-Calavi et tenez-vous tranquille, chacune me rapporte plus du double de ma pension le mois. L’autre chance a été que j’ai eu très tôt le boulot, et je me suis aussi vite marié. Et donc, quand je partais à la retraite, mon benjamin était déjà en 2è année à l’université. Ce qui a fait que des charges dans ma retraite, je n’en ai pratiquement pas, si ce ne sont celles usuelles, l’eau, l’électricité et  autres charges domestiques dans lesquelles je reçois encore le soutien des enfants. Donc je vis bien ma retraite. »

Epiphane AFFOGNON, Agent du Centre international de transaction à la retraite  (Témoignage négatif)

« La retraite, reflet de la carrière’’

« Lorsque la situation n’est pas très confortable, c’est certain que la retraite ne serait mieux ».

Je passe une retraite un peu difficile. D’abord, je suis rentré en 1982 et j’ai dû cotiser encore  pour 5 ans avant que l’OBSS ne commence par me payer quelque-chose parce que ma structure n’était pas à jours dans les cotisations. C’est donc en 1989 que j’ai commencé par avoir quelque-chose, 100.000FCFA par trimestre. Ce sera révisé après. Par mois maintenant, je suis à 59.600FCFA avec les frais sanitaires, l’eau l’électricité, et autres, je pu vous dire que ma retraite à moi, c’est loin d’être confortable. Comme vous le savez, tout prend de la valeur. On avait un syndicat des retraités des services privés, mais je ne sais même plus ce que c’est devenu.  Ma chance aujourd’hui, c’est que j’ai eu une fille qui a suivi un ami pour la France et qui y travaille, c’est celle-là qui m’appuie aujourd’hui sinon avec ce que je gagne, ça ne couvre même pas les frais sanitaires le mois. Et quand vous voyez ma pension, vous imaginez combien je pouvais gagner en fonction, donc qu’est-ce que je pouvais bien réaliser avec ce salaire qui déjà était insuffisant ? Donc, on s’en contente juste, sinon, ce n’est pas la joie.

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